Le premier Saïd s’en va !

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Nous sommes l’un des rares pays au monde où nous nous étonnons qu’une personne au pouvoir puisse partir. C’est que parfois la maladie vient leur rappeler qu’ils ne sont pas éternels. Quant à celui qui s’en va, je ne verserai pas une larme sur la situation dans laquelle il se soignerait où vivrait, une question qui effraie pourtant des millions de travailleurs algériens à leur fin de période professionnelle.

Abdelmadjid Sidi Saȉd a consacré sa vie au service d’un régime militaire totalitaire. Il a été l’instrument d’une démagogie populiste dont on connaît les désastres depuis 1962. Il a été soutenu par un tyran et il le lui a bien rendu, nous lui reconnaissons une fidélité certaine.

Nous pouvons aujourd’hui librement émettre notre sentiment de dégoût sans qu’il soit question d’insultes ou de diffamation. Il suffit de rappeler que cet homme est l’un des piliers du régime algérien pour mesurer notre dégoût légitime.

Nous sommes des humanistes et nous ne nous réjouissons jamais des maladies humaines. Nous sommes des humanistes qui haïssons la peine de mort, la torture mentale et la dictature pour quiconque, y compris pour ceux qui ont passé leur vie à soutenir un régime qui a pratiqué toutes ces actions immondes.

Il ne m’a jamais impressionné avec sa gouaille de vieux Gavroche, sa casquette de « faux prolétaire » et ses emportements de tribun d’un autre âge. Ce sont des gesticulations outrancières qui ne me font pas rire car lorsque Sidi Saȉd faisait son numéro, c’est plutôt la colère qui m’envahissait. Autrement, ce serait oublier qu’il est issu d’une mouvance qui a fait plus de mal aux ouvriers algériens que toutes les plaies qui se sont abattues sur la planète en un millénaire.

Il se disait le défenseur des petites gens et a soutenu un régime qui a créé des fortunes monstrueuses sur leur dos. Il devrait être l’avocat des humbles et a soutenu à bout de bras ceux qui les ont mis à genoux.

Non, aujourd’hui je ne pleure pas le départ et la maladie de celui qui est à la racine du régime militaire algérien. Je pleure plutôt ses victimes qui ne peuvent ni se reposer de leur maladie dans une situation financière correcte ni aller à l’étranger pour se soigner.

Il est de la génération francophone mais nous n’avons pas pris le même chemin. Je viens d’écouter une de ses interventions de tribune sur Internet et je suis stupéfait par le ton populiste, presque vulgaire, du personnage. Non, nous ne sommes pas du même pays ni du même monde.

Un premier Saȉd s’en va, la moitié du travail est fait. Non, je ne pleurerai pas sa maladie et son départ car la démocratie ne l’aurait jamais porté à ce niveau mais aurait permis à tous les Algériens d’affronter la maladie à égalité des chances.

Entre un Sidi Saȉd et moi, il y a des millions d’opprimés du régime, je ne verserai aucune larme.

Source : ICI 

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