Corée du Sud : la présidente destituée par les députés

Impliquée dans un scandale de trafic d’influence, Park Geun-hye perd ses pouvoirs mais conserve son titre de présidente, le temps que la Cour constitutionnelle valide ou non cette destitution.

La motion de l’opposition l’accusait de violations de la Constitution et de délits pénaux, échec à protéger le peuple, corruption, abus de pouvoir… Elle a été adoptée vendredi par le Parlement sud-coréen. Impliquée dans un scandale de trafic d’influence, la présidente Park Geun-hye se voit ainsi privée de ses vastes pouvoirs exécutifs qui seront confiés au premier ministre, Hwang Kyo-ahn, qui exerce jusqu’à cette heure des fonctions largement honorifiques. Elle conservera son titre le temps que la Cour constitutionnelle valide ou non la motion. Park Geun-hye avait annoncé qu’elle pourrait attendre leur décision avant de démissionner. Une fois sa démission effective, Park Geun-hye perdra l’immunité présidentielle. Ce processus pourrait prendre jusqu’à six mois.

Ce vote signe une étonnante disgrâce pour celle qui, jadis, était appelée la «Reine des élections». La motion a été adoptée par l’Assemblée nationale par 234 voix contre 56, soit largement la majorité des deux tiers des 300 votes nécessaires. la destitution de la présidente, soutenue par l’ensemble des 171 députés indépendants et de l’opposition, a été rendue possible par les «oui» d’une faction rebelle au sein du parti conservateur au pouvoir, le Saenuri. Tous les représentants de l’opposition avaient mis leur démission dans la balance. Vendredi, à l’extérieur du Parlement, des centaines de manifestants s’étaient encore rassemblés en hurlant à l’intention des députés: «Destituez Park!»

La «Raspoutine» sud-coréenne

Ce vote s’explique en bonne partie par les manifestations monstre qui ont vu des millions de personnes descendre dans la rue pour exiger le départ de la présidente. Cette dernière est suspectée de complicité dans une affaire de corruption. Pour la première fois, un chef de l’État en exercice a été qualifié de «suspect» par le parquet. Le scandale est centré sur Choi Soo-sil, amie proche de la présidente. Arrêtée début novembre, cette confidente attend son procès pour extorsion et abus de pouvoir. La «Raspoutine» sud-coréenne est accusée d’avoir utilisé ses relations d’amitié avec la présidente pour forcer les groupes industriels à verser environ 70 millions de dollars à des fondations douteuses, et de s’être servie de ces dernières comme tirelire personnelle. Elle est aussi soupçonnée de s’être mêlée des affaires de l’État.

Les soupçons de corruption collent comme un sparadrap depuis des décennies à la classe politique sud-coréenne, et la Maison bleue n’est jamais apparue comme un sanctuaire de probité. Depuis les premières élections libres en 1987, tous les présidents ont eu à répondre, après leur mandat, d’accusations de corruption touchant souvent le comportement de leurs proches. Au pouvoir de 2003 à 2008, Roh Moo-hyun s’est même suicidé en 2009 alors que le parquet enquêtait sur des versements suspects à son épouse et sa nièce. Dans une société où la classe politique entretient traditionnellement des rapports malsains avec le gratin économique, ces familiers avaient coutume de se servir de leurs liens avec le chef de l’État pour obtenir des faveurs. Park Geun-hye était entrée à la Maison bleue affirmant ne rien devoir à personne et être «mariée à la nation». Le choc suscité par les révélations sur l’étendue de l’emprise de son amie n’en a été que plus grand.

(Avec agences)